À Marineo, Il Y A Un Magasin de Vélos

Eh ben, ça en fait des updates aujourd’hui! Allez, un dernier: une transcription de mon carnet de bord en date du 24 Mai. Vous en faites pas, c’est très rare que je sois aussi mal luné :)

Hier matin, réveillé à 5h30 par le tonnerre. L’air est lourd de lourd, c’est l’aube mais une aube sans soleil. Ce que je vois: du nuage partout; sur la crête les clignotements rouges des éoliennes, et toutes les 10 secondes un flash, parfois l’arc électrique qui se déploie vertical ou horizontal dans les boucles sombres…
Bientôt il pleut. Pluie lourde. Je me rendors.
Puis me réveille, puis me rendors, le jour me donne pas envie. Là ça va, je suis abrité sous le porche d’une maison abandonnée (heureusement, putain).

Je me réveille lentement, déjeune, lis un peu, joue de l’harmonica… procrastine. OK c’est clair que la pluie ne s’arrêtera pas pour de vrai, mais c’est devenu des averses légères et passagères… ça se gère. Je finis par tasser tout le brol dans les sacs, et vogue. J’dois quand même être à Palerme aujourd’hui, ferry ce soir, en plus c’est samedi – demain à Cagliari tout sera fermé; et j’ai deux missions: un nouveau deuxième plateau (j’ai une dent qu’a pétée y a deux-trois jours, la chaîne fait que sauter) et me racheter une bombonne de gaz (j’ai un réchaud vissable, c’est pas le système le plus courant, ça fait trois jours que je mange tout froid).

Aujourd’hui je suis de mauvais poil. Il fait lourd, chaud, humide, il pleut, fait soleil, repleut, obligé de m’arrêter pour me changer tout le temps, ma chaîne me saoûle… Fuck.

Station service à 11h30 pour un café et remplir les bouteilles d’eau. J’ai pas beaucoup de route à faire, une soixantaine, et ça va presque que descendre (HEUREUSEMENT PUTAIN, que je me dis de nouveau). Un type se met à me parler, il trouve ça chouette que je voyage comme ça, mais alors lui il se verrait plutôt faire le chemin de Saint-Jacques, et à pieds lui par contre, parce que à pieds… on prends son temps, mais par contre ça prend du temps, hein, mais cela dit il fait du mountain bike, il aime bien ça le vélo lui… “C’est bien”, je réponds à chaque fois.

Et je me mets à partir, mais mon zigue me lâche pas, il me fait “attends, je veux voir ton vélo!” “OK” je dis, on sort, il mate le vélo, checke la marque, il connaît pas (personne connaît il faut dire), pose deux trois questions. Il parle beaucoup, il a l’air de connaître les pompistes, les vendeurs, il est du coin, je pense que c’est un businessman. Je me dis allez, tant qu’à faire, et demande s’il connaît un magasin de vélo, lui montre mon plateau édenté, et il dit oui-oui, à Marineo! Attends je les appelle.

Il téléphone, discute, s’interrompt, me demande: “combien de dents, 32?” J’en sais foutre rien alors je me mets à compter. “Non…” je lui dis. Mais je suis pas sûr combien au juste. “Euh… pas 32. 38? Non… 36 je crois…” Il me semble qu’il a réceptionné cette information. Raccroche et m’explique comment y aller: “après Bolognetta, c’est sur la gauche, tu vas à Marineo, sur la place il y a une statue. Le magasin est juste là, tu le verras. Ils ferment à 13h mais je leur ai demandé s’ils pouvaient t’attendre!”

Bon OK. Bolognetta, je l’ai noté, c’est sur ma route; parce que j’ai pas de carte routière, alors j’ai noté les lieux sur mon parcours. C’est à 10 bornes, Marineo il avait l’air de dire que c’était tout à côté, allez ça va j’y serai. Andiamo.

Sauf que au bout de 2 km j’ai la chaîne qui arrête pas de sauter d’une vitesse à l’autre; je m’arrête, ah, c’est le maillon là où je l’ai raccordée, parce que je l’ai changée récemment, mais je savais que ça allait arriver alors j’ai acheté un maillon d’attache rapide, alors je fais sauter le maillon qui déconne, je mets l’attache rapide, et je repars, les mains toutes cambouitées.

Bolognetta: Marineo est à 5km… de PUTAIN de MONTÉE! Il est déjà 12h40, je serai en retard, mais ils vont m’attendre, mais j’ai faim aussi, mais je peux pas m’arrêter faut que je speede là, ils vont me changer mon plateau, enfin sauf si ils sont fermés… pff nan mais il paraît qu’ils m’attendent alors obligé d’y aller maintenant… mais PUTAIN ÇA MONTE GRAVE BORDEL. Oui bien j’suis d’mauvaise humeur on a dit.

J’arrive à me traîner jusqu’à la place de Marineo vers les 13h10, trouve le magasin ouvert, me présente, on me dit “aaah c’est toi le Français! Oui, Mario nous a appelé… oui alors voyons… mais! C’est un plateau de 36! Ah non… mais nous on a que des plateaux de 32… Ah ben zut, là, je suis vraiment désolé…”

J’ai une montée d’exaspération et puis… ça retombe tout de suite. Ces deux gars et cette nana du magasin, ils sont hyper-gentils, prêts à aider, ils sont restés au-delà de la fermeture pour moi, ils sont sincèrement désolés de pas avoir la pièce, Mario lui aussi s’est empressé de m’aider, il les a appelé pour moi… Il n’y a rien à faire là maintenant, mais c’est pas vraiment grave, je trouverai sûrement à Palerme, je suis plus bien loin…

Et puis le village est super-chou avec son gros rocher qui le surplombe et la vallée en contrebas, je crois que j’ai vu une boulangerie et un vendeur de tomates sur la place, je vais me faire un sandwiche que je vais me becqueter tranquillou, ça va être bien; puis repartir, j’ai une super descente en perspective, et puis il s’est arrêté de pleuvoir, tiens! Et il ferait presque beau! Non mais – EN FAIT – tout va bien, là!

Je souris, je remercie les jeunes du bike shop, leur dit que c’est pas grave, je vais me débrouiller, eh il est chouette votre village eh! Je fais mes emplettes et au marchand de légumes, je me fais mon dwiche, je ronronne un peu, et c’est reparti! Descente infinie, je m’écoute Hebron Gate, ça faisait longtemps, et wasque c’est bon!

Palerme, ou plutôt l’approche de la grosse ville (1 million) me dégrise un peu. Pendant 15 minutes je suis sur une super mauvaise route (je sais pas si j’ai plus mal au cul ou au vélo), toute droite, avec d’un côté l’autoroute, de l’autre des usines et entrepôts, sur le bas-côté un canal verdâtre nauséabond qui a l’air profond, des déchets partout, et plein de voitures qui klaxonnent. (cf. note précédente)

Dans Palerme à force de questions je trouve la fameuse rue des vélos, la via Divisi, et après palabre ils finissent par me mettre une rondelle de 32 dents (“36 ça existe pas en Italie”). En fait ça fait rien, l’écart entre les dents est le même, c’est le principal… Et ça ajoute du caractère à mon vélo de bric et de broc, avec ses freins dépareillés, ses roues dépareillées, ses petits ajouts de partout… ah il aura vécu ce brave tas de ferraille.

Et puis je trouve ma bombonne dans un magasin de camping, et en prime un “Alimentari” bengali qui a des graines de cumin!! Ils avaient plus de garam masala. Mais eh! Déjà c’est pas mal! :)

Advertisements

2 thoughts on “À Marineo, Il Y A Un Magasin de Vélos

  1. Wow, stressful post! Well, I guess cycling is cycling after all, you can’t have all the advantages. If you were flying, you wouldn’t need to stress about reaching the bicycle shop… and if you were walking, maybe you would have spotted the 36 cog-wheel you needed left by somebody on a bench…

  2. haha génial cet article, ça fait plaisir de passer des petits moment de route “avec” toi à travers ces posts !
    Bonne route copain et amuse toi bien avec tes petites recontres sur la route (à quand tu prévois ton arrivée à Toulouse encore?)
    Bises

Ne Vous Laissez Pas Abattre: Réagissez!

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s